je suis de retour dans la montagne de mon coeur. j'avais précipitamment quitté celle ci juste avant Noël, papa venait de mourir. Ce fut un Noêl particulier, intense et triste.
je suis reparti immédiatement, avec Fabien, mon neveu et sa compagne Elodie, pour une semaine de charme, durant laquelle les discussions furent diverses et chatoyantes.
la première semaine avait été tumultueuse, avec Gaelle et le tribu des ados, aimante et agitée. depuis longtemps nous n'avions pas parlé ainsi. certains et certaines n'en ont pas perdu une miette.
je suis donc de retour à norcière. un mois après papa, maman vient de mourir à son tour. je suis monté cuver ma peine. pas de meilleur endroit que le chalet pour ça. les deux d'un coup. perte sèche. ils étaient en train de partir, je sais. on avait pris l'habitude qu'ils soient là, quoiqu'il arrive. comment faire sans eux maintenant. avec les autres.
Il fait un froid extrême. -12 dans la journée et -20 la nuit. Je suis parti seul en éclaireur. Marcel et Claudia, vont prendre soin de moi la première nuit, au chaud sous la courte pointe, après la soupe, le pot au feu. leur affection est toujours là. ils ont adouci certains passages difficiles dans ma vie. Tout fonctionne, même la petite flamme bleue du chauffe eau a repris vie du premier coup. Sauf l'eau. Nous devrons faire sans eau pendant trois semaines. sans eau courante. il nous faudra courir cherche l'eau au torrent, tous les matins et tous les soirs, dans des bidons de 20 litres. la stocker. dans une grande poubelle. la distribuer, grâce aux seaux noirs de maçon. remplir la chasse . chauffer l'eau sur le poêle, pour la vaisselle et la toilette, se laver au gant, ou pas, se doucher avec une bouteille plastique. Et puis il faudra brasser la neige, pour mettre l'installation en sécurité en prévision du dégel. j'adore la plomberie, je déteste l'eau qui fuit. sur une étagère s'alignent les vannes cassées, témoins de mes interventions désespérées.
si l'eau fait défaut, la chaleur est bien là. je mesure aujourdhui l'effet bienfaisant des quelques petites améliorations récentes. et les hôtes avec moi. A 26 je suffoque, eux délirent en débardeur et tee shirt.
Gaelle ma fille, Laurent son homme et Paola ma petite fille de 5ans, viennent vivre cette semaine avec moi. une nuit, Paola dors avec moi dans la grande pièce, elle sort d'une sérieuse bronchite, ça pèle sérieusement dehors, je vais me lever 3 fois dans la nuit pour alimenter le feu, lui éviter une rechute et l'hospitalisation. Elle va retourner ensuite pour la nuit dans l'étuve de ses parents, pour échapper au pire.
Ils lui ont appris le ski cette semaine, elle apprend vite et parfois trop sure d'elle, dédaigneuse des lois de la gravité, la barrière de sécurité la rappelle sèchement à la réalité. Ce sera entre nous une semaine vivante et musclée, les échanges se poursuivent allègrement tous les soirs et les affaires reprennent dès l'aurore ou presque... ça n'empêche pas de s'aimer!
il faut maintenant parler un peu du froid, j'en ai déjà dit plus haut les inconvénients du point de vue domestique, j'ai dit aussi qu'on s'y fait très bien, moyennant quelques précautions, à condition d'avoir rentré du bois en quantité suffisante. Je ne pensais pas rester trois semaines, j'ai donc du sortir la tronçonneuse et la cognée, et puiser dans les réserves.
Il y a aussi les effets du froid sur les éléments. La neige est là et reste. sur les toits, dans les arbres, au somment des poteaux de clôture, sur les fils. dés le radouci elle disparaît à toute vitesse, magique dans sa disparition. En montagne il y a de l'eau partout, le froid extrême l'a transformée cette année, comme jamais je ne l'avais vu ainsi auparavant. le froid fait des bijoux au bout de mousses, sous l'action conjuguée du soleil et du roc. Il taille des jupes aux cascades, il en sculpte les plis, parfois il en saisit le flux dans son entier, il faut ensuite attendre la débâcle. Dante a été au rendez vous de mon objectif sans que je le sache, avec des cristaux plein les oreilles, saisissant, non, comme à Florence, le profil, sur le parvis.
Norcière n'est pas la lune, mais si j'oppose au soleil mon objectif, en rasant au jugé le flot des monticules gelés, si l'on recadre ensuite, mais si peu, la photo elle paraît étrange... lunaire? peut être, belle sans doute...
la deuxième semaine fut plus douce, les températures finirent par remonter, tout doucement, mais réellement. Et le soleil resta.puis la neige revint rhabiller les branches et rafraîchir le paysage. au petit matin elle nous avait fait ce cadeau. J'aime ces moments où les premiers s'en vont et où les suivants ne sont pas encore là. ça ne dure jamais bien longtemps, mais j'apprécie d'avoir à nouveau tout l'espace pour moi.
Marie Christine m'a donc rejoint, avec Céline et Fred . Théo et Léa, sont aussi de l'aventure. mais ce sont des habitués, à 4 ans Théo montait déjà en tête le kilomètre enneigé qui mène au chalet, tombant 60 fois, se relevant 60 fois, Léa suivant derrière tranquillement, mais vous n'êtes pas obligés de me croire. on s'organise, sans peine. Chacun est attentif, fait sa part et plus...On est bien, les mots fléchés en groupe, les blagues carambar, le feu qui ronronne, le fauteuil qu'on se dispute, faudra en rajouter! L'eau qui se promène et disparaît sans fin dans la cuvette de toilettes, beaucoup moins sur le nez de la mouflette.
On scrute les chamois tout en haut dans la neige, sous la paroi rocheuse, on les compte et les recompte. Et le loup, si les chamois sont si haut, c'est qu'il est là tout près dans les sapins, on les a vues les traces, énormes, qui vont toutes dans le même sens, non, là elles ont croisées des traces plus petites, elles se sont emmêlées, peut être l'une a dévoré l'autre... Attention aux avalanches, il fait si doux, trop doux, le tremplin ne servira qu'une fois



