maman, après la mort de papa, je ne pensais pas me retrouver si vite, ici, pour parler avec toi,
mais c'est sans doute mieux comme ça...
la fin de ta vie a été bien difficile. Voici quelques années, tu as su te charger de Papa, frappé par la maladie, diminué dans son corps. Et puis ton coeur tellement sollicité, a fini par te lâcher. A la fin, peu à peu, ton esprit s'est perdu dans les brumes. Mais tu dormais mieux, tu étais plus tranquille. Pour finir tu as perdu pied, tu es tombée et, trop fatiguée, à bout de souffle, tu ne t'es plus relevée. Et tu t'en es allée, soulagée...
il y a quelques jours je regardais une photo de toi avec tes petites soquettes et tes belles anglaises. Tu étais une femme belle et vivante.Tu aimais nous voir bien mis. Il y avait les habits du dimanche et ceux de tous les jours. Tu nous lavais dans la cuvette, l'eau chauffait dans la lessiveuse. Repriser nos vêtements c'était ta façon à toi de nous montrer tes sentiments.Tu nous disais que la cuisine c'était pas ton truc. Je me souviens pourtant de la soupe de légumes, de la tarte aux pommes et à l'orange, de la bûche de Noël. les îles flottantes au milieu des pruneaux, pour moi c'était le sommet de la douceur.
tu avais peur de manquer, mais tu étais toujours prête à nous aider.
tournée vers les autres, tu avançais, quoiqu'il advienne. Tu aimais bouger, voir du monde et te sentir utile. Aller à Lourdes, toute vêtue de blanc, pour toi, c'était le bonheur. Parfois, Papa, le matin du départ, en tombait malade. Et toi tu restais... en colère.
ta porte était toujours ouverte, on ne te dérangeait jamais. Les crêpes du mercredi c'était devenu une institution, on se pressait au portillon. Curieuse, intéressée, tu voulais tout savoir, à propos de chacun. Les échanges étaient vifs, ta langue bien pendue et tes propos directs. Avec toi on ne s'ennuyait jamais, mais on pouvait parler de tout.
tu étais toujours à courir, à t'occuper, tu aimais bien trotter, tu ne savais pas t'arrêter. Tu étais le mouvement et la vie. Tu as été le coeur de ta famille. Papa en assurait les contours.
nos désaccords dans la vie ont été profonds et nos chemins bien différents. Tu as fini par l'accepter, l'amour est resté et puis la tendresse est venue.
maintenant tu es partie, sur quelle route, je ne sais pas. Papa est juste devant. A ton allure tu l'auras vite rattrapé. Repose toi enfin, maman, on entretient le feu. Et merci pour tout! On t'aime si fort.