Départ pour le sud, première étape, Bias, dans les Landes, près de Mimizan, la maison familiale de Denis et son frère, où il nous attend, avec Christine son amie. Depuis longtemps, il aimerait nous y voir passer quelques jours.
Je sais aussi que " la Maison du Retour" pour Jean Paul Kaufmann, est nichée quelque part dans le coin. Je suis donc curieux. Arrivés à 17h, nous sommes repartis le lendemain à midi, après une petite incursion sur les côtes infinies, dédaignant la pintade de Christine.
Cap sur Tarbes, puis Lannemezan, je sais qu'Armelle, notre amie sans fronières, et ses copines randonnent tous les ans dans le coin. Un petit coup de fil et nous voilà vite orientés, cap sur la vallée du Louron et le petit village de Loudenvielle. Charmant camping en terrasse, le sommeil nous a pris deux jours entiers, malgré le vent qui descend la montagne en ronflant.
Partis marcher, nous sommes servis, déjà logés à 1000 m, nous prenons vite de l'altitude . Les couleurs sont magifiques, somptuosité de l'automne, le soleil incliné favorise les contrastes. Nous retrouvons les sensations du Grand Paradis, en Italie. Il fait beau, il fait chaud, inhabituel pour la saison, colchiques dans les prés s'écrasent sous nos pieds . Bonheur d'arpenter les chemins d'altitude et luxe d'avoir trop chaud à 1500 m, au seuil de l'hiver. Mais la nuit est précoce, la fraîcheur insidieuse et longue la soirée, à la lueur parcimonieuse des frontales à l'ouvrage. Et puis la météo s'en mèle, fini l'automne indien, la neige est annoncée et le vent forcit. Cap sur la plaine!
Ville ou campagne? Toulouse n'est pas loin, j'aimerais, mais c'est une grande ville, et nous sommes là pour courir la campagne. Heureusement, tout près, Moissac , son cloître, son raisin, juste plantée à la croisée du Chemin de St Jacques et du Canal de la Garonne, le Canal du Midi commence à Toulouse. Pour les marcheurs que nous sommes c'est tout bon. Le Routard et le téléphone nous donnent le gite, une chambrette spartiate dans un ancien Carmel devenu centre d'hébergement internationnal avec, pour moins que le prix d'un Formule 1, accés à la douche, aux toilettes, à la cuisine et au salon, le tout agrémenté d'un joli petit cloître qui surplombe la ville. Dédié à l'origine aux pélerins, financé par le club alpin français et interdit (sic!) aux travailleurs agricoles et aux sans domicile fixe, il tolère en période creuse les marcheurs motorisés que nous sommes. Il abrite aussi un stage de "développement personnel" ( exaltant mais sinistre) et la rencontre de quelques clowns bénévoles ( torturés la nuit, défaits aux petit matin ). L'apèro du soir guérit bien des blessures. Fanny de Vannes anime le centre, son fiancé est là qui la visite, Fanfan la crépière est venue de Pléchatel avec son Philippe, animer le fest-noz de l'année au profit des enfants nés pas laids. La cause est bonne , les crèpes aussi et le plaisir est là, simple comme une évidence.
Et voici Catherine avec Heloise sa fille,on aurait dit 2 soeurs, elles n'ont pas le moral, elles ont trouvé Moissac mal embouchée, elles ont faim et cherchent du réconfort! Elles le trouvent. Catherine est architecte à la ville d'Orléans et peine à surmener son équipe de 17 mercenaires, Héloîse lève des fonds et cherche du travail en rèvant d'un bel israélien. Catherine est née à Brest, dans les voitures... Elles marchent en souvenir de leur fils et frère, disparu l'an dernier, après bien des tourments. Le lendemain nous avons fait route avec elles, sur quelques kilomètres, le long du canal et pillé leur garde manger. Je trouve le mot partage en général bien galvaudé, mais ce jour là, sur un banc public, avec trois femmes charmantes, j'en ai redécouvert le sens.
Il est temps de remonter, mais pas trop vite, pas d'une traite. Fin d'après midi, Héloîse et Catherine envolées, on plie bagages, en direction d'Agen. La quête d'un camping, vaine, se termine au centre ville, à l'hotel. Asepsie et solitude, après Moissac, mais intime et reposant, le charme des contrastes. Et puis le délicieux restaurant où nous avons nos habitudes, alors que souffle dehors la bise aigrelette, rapproche les voyageurs et ceux qui les accueillent.
Lendemain de fin, petit détour par la Rochelle, profiter encore un peu de l'insouciance propre aux voyages, son vieux port, son phare et sa tour, impossibles à rater. C'est une bien belle ville fortifiée de bord de mer, hélas gachée par l'affluence du monde et de trop vilaines frites. Dans la petite rue d'accés à la cohue du port, accroché au mur, cet étonnante petite fresque de bronze, représentant la kyrielle des générations.
Notre remontée vers la maison se fera dans la nuit et sous la pluie diluvienne, lessivant nos regrets.








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