Passau, à la frontière autrichienne, il est encore temps, soit de remonter plein nord vers Prague, ou alors de descendre plein sud vers Munich.
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| des choses à ranger tous les jours |
Même camping, mais les cygnes sont sur l'eau, il manque un petit! la nuit n'a pas été très bonne à cause des ronfleurs, eh! oui une toile de tente c'est pas très épais! Au matin, comme tous les matins depuis plus d'un mois, lever, petit déjeuner, toilette, oui, oui! puis rituel du rangement et du chargement, chaque chose à sa place, n'est ce pas jean noël?
A côté de nous un couple, à peu près dans nos âges, elle pimpante, lui tout cabossé, il ramasse les sardines, la main dans les reins en pliant précautionneusement les genoux! Pas facile, une sciatique, lorsqu'on voyage à vélo!
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| les tours jumelles à Passau |
Je souris en le regardant, mi moqueur mi compatissant! je me penche en avant pour loger mon blouson dans la poche latérale de ma sacoche! La punition est immédiate, je me redresse coincé! comme le pauvre homme que je plaignais l'instant d'avant! entre hommes, solidaires !Le voyage s'arrête là! Sueur froide! je connais bien! Au début juste une raideur dans les mouvements et une heure plus tard, un bloc compact!
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| si vélo plus possible, reste toujours le canotage |
Vite à vélo! au bord de l'eau, tant que c'est encore chaud! je fais l'autruche et ça marche! j'arrive à pédaler, penché sur mon ouvrage, sans trop y penser. C'est dimanche, pas un médecin, pas une pharmacie! Lundi, ça va mieux, malgré les 80 k ms avalés la veille. Le soir bivouac de charme au bord du Danube. Mardi, aggravation! la fin du voyage se profile à nouveau. Heureusement les pharmacies sont ouvertes et je trouve du Voltarene , sans ordonnance. Je pédale toujours, c'est juste coton pour monter et descendre, mais je deviens malin, et ça marche! C'est pas confortable, mais on avance malgré tout. Mercredi : matin de tous les dangers. Je dors peu . Il fait chaud. La route est mauvaise. J'ai mal. Mais on roule. Je perds la route et Marie-Christine. Mais aujourd’hui, elle sait où nous allons. J'essaie de la joindre, en vain. On finit par se retrouver 15 k ms plus loin, un peu par hasard. Kelheim est un cul de sac, un morceau de chance, sinon! Nous devons poursuivre en ferry sur quelques kilomètres. En attendant, pause, café, biscuits, à l'ombre, confortablement assis dans un beau café.
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| c'est d'avoir eu trop de goût pour les cerises que l'on s'est perdus |
Il nous reste peu d'argent, il est temps de se refaire. Ma carte bancaire est devenue précieuse depuis que Marie-christine s'est aperçu de l'oubli de la sienne... à vannes. Nous voyageons depuis plus d'un mois avec un seul moyen de paiement et nous avons découvert que partout il faut du liquide. Comme les retraits sont limités, ça risque d'être un peu serré surtout en cas d'imprévu. Il est 11h les banques sont ouvertes. Je me présente à l'automate, j'introduis ma carte, je fais le code 50.. Rien, code incorrect! J'ai du mal taper un chiffre! je recommence en m'appliquant: 50..A nouveau code incorrect! Ça se complique, je reprends ma carte et je reviens au paisible petit café, apprendre à ma dulcinée le drame qui se noue!
Elle me suggère d'essayer dans une autre banque, je devais avoir droit de nouveau à 3 essais. Et moi benêt, je m'exécute! Et je récidive! 50.. Carte avalée! Stupeur, je n'ose y croire. Comme pour la disparition du vélo! j'ai du mal à réaliser que nous sommes à une semaine au moins de la France, sans moyen de paiement avec 70 euros en poche! Je rejoins à nouveau ma tendre fiancée, toujours attablée dans son café. Au début elle refuse de me croire, et reste sans voix, ce qui n'est pas habituel chez elle! Racket aussi peut être cette fois?
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| banque de la dernière chance |
Je sais alors et c'est lumineux: je ne peux compter que sur ma bonne étoile! Je retourne à la banque, un petit désespoir me chatouille gentiment, mais j'espère encore! L'employée du guichet me désillusionne brutalement, ils doivent récupérer la carte et la réexpédier à ma banque en France qui pourra me la réexpédier, après vérification! Tout cela en anglais, je fais des progrès prodigieux! C'est sans appel! Devant mon insistance désespérée, elle consent à appeler le Directeur. Un homme à peu près de mon âge se présente et me redit à peu près dans les mêmes termes, l'étendue de mon malheur.
Quelle solution, je lui demande? Aucune me répond il. Il s'enquiert de ma femme, je lui dis qu'elle est au café, elle aussi sans le sous. Des amis dans le pays? Pas encore mais si nous devons séjourner, sans aucun doute! Je ne dois pas avoir l'air bien vaillant, car petit à petit je sens que quelque chose se met à bouger au fond de cet homme! Et pourtant c'est impossible, impossible, impossible, m'a t il répété!
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| homme après l'épreuve |
Et tout à coup ma carte est là dans sa main, et puis dans la mienne, "last chance", me lance t il, comme une bouée!J'en tremble et tout devient confus , je n'ai plus la moindre idée de ce qui a pu être mon code. J'inverse à tout hasard les malheureux chiffres qui surnagent encore et bien entendu, ma carte est à nouveau avalée par l'impitoyable automate.
Le banquier à l'air désolé, sincèrement et presque aussi malheureux que moi! Alors, avant de sombrer, du fond de ma détresse, je m'entend lui dire à mon tour: "last chance"! Il en est tellement surpris qu'il me répond "ok"! Interloqué, je n'y croyais pas, je n'ai pas pour autant retrouvé mes esprits! Je m'avance à nouveau vers l'automate, comme on va passer un examen mal préparé et je compose, parce qu'il faut bien composer quelque chose, une série de chiffres dont je suis intimement persuadé qu'ils ne sont pas les bons, et, sans illusion, j'attends le verdict de la machine!
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| femme après l'épreuve vécue par l'homme |
Et là miracle, j'entends le cliquetis familier qui précède comme toujours la sortie des billets et le retour de la carte! Sauvé par le gong, heureux comme un enfant qui renaît à la vie, je saute au cou de cet homme et lui claque une bise sur la joue! Tout cela s'est déroulé en public, dans le hall de la banque, devant les employés et les clients. Ils viennent d'assister en direct à un petit drame moderne et quotidien! Un peu d'humanité a mis en échec la procédure! Les acteurs ont été bons, la pièce jouée un seule fois, le soleil est revenu... sur notre existence de voyageurs au long cours. je vais savourer pendant les heures qui vont suivre la lente remontée sur le fleuve.
Mails il où le petit, parti avec la carte bancaire? ah super idée, j'espère que tu lui a laissé le bonheur d'en profiter un peu.
RépondreSupprimerpour la carte bancaire, bravo ! tu as vraiment eus de la chance, sinon bonjour la galère .JP,ne pars plus sans ton tube de voltarène!
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