mardi 11 octobre 2011

A pied en Bretagne 3, de Douarnenez à la Baie des Trépassés, septembre 2011

jeudi 29
Odile me dépose gentiment au train de 7h30 , à Landerneau. A 8h30, je suis à  Quimper et à 10h30 je prends un café sur le port de Treboul. Une jolie femme kabyle tient le bar et la dragée haute  à tous ces hommes accoudés, désoeuvrés, déboussolés. J'y resterais bien, après la fête, la décompression. J'ai retrouvé les parents, les amis, je suis sorti de cette bulle dans laquelle je me trouve quand je marche au long cours et tout seul. Bulle que je cherche puisque c'est pour cela que je suis parti. J'en sors avec plaisir mais à regret. Je demande la route à la factrice. Je peine à suivre ses indications,mais je vais tranquille. Je ne sais pas bien par où je veux passer. Juste ce soir, je dois être à Beuzec Cap Sizun.  Je repars à l'aventure par les chemins. Incertain de mon devenir immédiat. Le sentier côtier est top dur et trop long pour aujourdhui, je vise la route côtière intermédiaire.


Poullan/Mer, joli petit bourg, belle petite église dédiée au gens de la mer comme en témoigne la sculpture à demi effacée au coin de la façade sud. Après déjeuner je remonte à la côte. J'avance bien , la machine est relancée après le relâchement ferroviaire. 16 heures, j'entre au syndicat d'initiative de Beuzec pour y récupérer la clef. Visite accompagnée du gite, l'ancienne école a été bien reconvertie, les chambres  sont petites, la literie de qualité et je suis seul . Je me dirige ensuite vers le café du village, le Mac Laughin. 10 minutes plus tard je m'endors au bar dans ma bière. Retour au gite et sommeil sans rêve enroulé dans les couvertures. C'est bon!


vendredi 30
Je repars tard dans la matinée. Adrian et Claudie me rejoindront le soir. Au moment de partir, je rencontre la femme de ménage. Elle me raconte l'histoire de l'école. Survient sa vieille amie: elle évoque les temps lointains, la dernière guerre. Les parents, par précaution, à l'écart des routes, envoyaient leurs filles garder les vaches au bord de la mer. Pour les empêcher de brouter le blé à la lisière, elles diluaient de la crotte de chien dans de l'eau et en aspergeait les céréales. Excellent répulsif naturel, le chien invisible, quelle invention!
Je prends enfin la route, tout droit puis à gauche, le sentier côtier.  Le sentier côtier, c'est beau, ça vous casse les pattes et ça vous décroche le coeur. C'est beau, vous ne savez jamais où vous êtes et là où vous allez, c'est derrière la pointe, quelle pointe, la grande, la petite, celle qui compte même pas pour une pointe, l'unité c'est la pointe. Derrière la pointe, il y a un creux et dans le creux il y a un ruisseau. Pour sauter le ruisseau il faut un pont, et comme  il n'y a pas de pont pour franchir chaque ruisseau, on va  jusqu'au bout du creux. Là,  il n'y a plus de ruisseau et on ne voit plus la pointe . La seule pointe qui vaille, pour moi, c'est la pointe avec un bar au creux, en surplomb du ruisseau, annoncé par un amer en forme de bite dressée dans sa splendeur canaille.

Il fait beau, il commence à faire très chaud, il y a du monde sur le chemin. Pas de voyageurs, j'en ai seulement croisé 2 ou 3 en deux semaines, le voyageur n'est plus de saison. Non, 2 gars qui travaillent pour le sentier et la réserve. Alors on cause un peu, ils connaissent le coin. J'ai failli rater sur la droite, le chemin qui tombe dans la mer et au bout du chemin, un petit port impossible, admirable, adorable...Je me heurte plus loin à deux jeunes gens qui flânent avec tout le barda, autonomie amoureuse oblige. Plus vieux et plus seul on aime la route, plus rapide et plus sure, elle vous emmène vers le lit, le bar et les gens. Le temps a passé, revoilà mes 2, il y a, me disent ils, un petit chemin, sur la gauche et plus loin, un inoubliable point de vue... je vous crois les gars, je ferai l'impasse, pour cette fois.
Oui, ça commence à être long! Soudain, surprise, l'amer, sur la pointe, annonçant le creux, le ruisseau, le café. Enfin! quel bonheur, cette vieille dame paisible et lumineuse derrière son bar, les habitués, la bière... cette fois je m'offre une douceur, un peu de sirop d'orgeat au fonds du verre. Raté, trop sucré! Port Theolin, c'est presque la fin, Lescleden n'est pas très loin, je repars tranquillement.


Ce soir c'est la fête, encore des bulles, encore... avec Gaël, Achille, Églantine et Tao, Adrian et Claudie et enfin Pascale et Joêl. Adrian est un docteur roumain, il a ramené avec lui l'arme nationale, la tuica, vieil alcool de prune. Plus tard, au son de la cornemuse, nous pleurerons tous avec lui le paradis perdu.


samedi 1


Esprit du matin chagrin, les cloches sonnent sonnent, un soleil brouillé se lève dans les pins du voisin de mon ami. On traîne un peu, aujourdhui c'est balade. On va faire prendre l'air à Claudie. A la baie des trépassés. On refait en sens inverse la route que j'ai fait la veille. Pas possible que le temps soit si beau. Je profite pleinement, j'ai tout le temps de voir et de revoir. Je sais où on va, par où et à peu près quand on arrivera. Idéal pour récupérer. Les autres sont scotchés par ce qu'ils découvrent. Déjeuner à midi tapantes à l'abri d'un mur de pierre séché enrobé de lierre. Et puis ça déroule tranquillement, jusqu'au bar, au creux, au ruisseau, à la pointe. Consommation tranquille. 
Rentrée tranquille par le sentier et par la route. Soirée tranquille, Claudie cuisine deux petites vieilles pendant qu' Adrian suit de près les côtelettes sur le gril. On ne réveillera pas la tuica qui dort. La nuit sera tranquille.


A Port Theolin, c'est un merveilleux petit bar sans prétention, créé par la mère de la dame qui nous sert, sa fille a pris la suite. C'est frais, accueillant, pas question d'y faire restauration, et pourtant. Les deux femmes tiennent le cap tracé par la grand mère. Ca n'a pas été facile toutes ces années d'avant guerre, pas de route pour accéder, pas de promeneurs, pas de randonneurs, juste les pêcheurs après la marée, à pied, rentrant chez eux.
  Dimanche 2
  prises de vue


en allant vers la pointe du raz, au sud de la baie des trépassés,  en me retournant, j'aperçois ce petit port aux airs de plongeoir, avec son bout de digue ébréchée...






le raz de sein , les ligneurs dansent en remontant plein pot à la renverse du courant, il brasse l'énorme masse des petits poissons, le bar est dessous, à l’affût, vulnérable...


par contraste, ces petites embarcations, bien rangées, dans ce petit port, au repos, tranquilles, en bonne compagnie


repos, le plaisir d'être à côté de mes chaussures, je ne pouvais rêver meilleure conclusion, l'eau est très fraîche,c'est excellent pour délasser les pieds, trop dur pour le reste...





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